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«Psychopathologie de la vie quotidienne», Sigmund Freud

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Application de la psychanalyse Г  l'interprГ©tation des actes de la vie quotidienne (1901)

Traduit de l'Allemand par le Dr. S. JankГ©lГ©vitch, en 1922.

Traduction de l'Allemand autorisГ©e par l'auteur et revue par l'auteur lui-mГЄme, 1922.

1. Oubli de noms propres

J'ai publiГ©, en 1898, dans Monatsschrift fГјr Psychiatrie und Neurologie, un petit article intitulГ©: В«Du mГ©canisme psychique de la tendance Г  l'oubliВ», dont le contenu, que je vais rГ©sumer ici, servira de point de dГ©part Г  mes considГ©rations ultГ©rieures. Dans cet article, j'ai soumis Г  l'analyse psychologique, d'aprГЁs un exemple frappant observГ© sur moi-mГЄme, le cas si frГ©quent d'oubli passager de noms propres; et je suis arrivГ© Г  la conclusion que cet accident, si commun et sans grande importance pratique, qui consiste dans le refus de fonctionnement d'une facultГ© psychique (la facultГ© du souvenir), admet une explication qui dГ©passe de beaucoup par sa portГ©e l'importance gГ©nГ©ralement attachГ©e au phГ©nomГЁne en question.

 

Si l'on demandait Г  un psychologue d'expliquer comment il se fait qu'on se trouve si souvent dans l'impossibilitГ© de se rappeler un nom qu'on croit cependant connaГ®tre, je pense qu'il se contenterait de rГ©pondre que les noms propres tombent plus facilement dans l'oubli que les autres contenus de la mГ©moire. Il citerait des raisons plus ou moins plausibles qui, Г  son avis, expliqueraient cette propriГ©tГ© des noms propres, sans se douter que ce processus puisse ГЄtre soumis Г  d'autres conditions, d'ordre plus gГ©nГ©ral.

 

Ce qui m'a amené à m'occuper de plus près du phénomène de l'oubli passager de noms propres, ce fut l'observation de certains détails qui manquent dans certains cas, mais se manifestent dans d'autres avec une netteté suffisante. Ces derniers cas sont ceux où il s'agit, non seulement d'oubli, mais de faux souvenir. Celui qui cherche à se rappeler un nom qui lui a échappé retrouve dans sa conscience d'autres noms, des noms de substitution, qu'il reconnaît aussitôt comme incorrects, mais qui n'en continuent pas moins à s'imposer à lui obstinément. On dirait que le processus qui devait aboutir à la reproduction du nom cherché a subi un déplacement, s'est engagé dans une fausse route, au bout de laquelle il trouve le nom de substitution, le nom incorrect. Je prétends que ce déplacement n'est pas l'effet d'un arbitraire psychique, mais s'effectue selon des voies préétablies et possibles à prévoir. En d'autres termes, je prétends qu'il existe, entre le nom ou les noms de substitution et le nom cherché, un rapport possible à trouver, et j'espère que, si je réussis à établir ce rapport, j'aurai élucidé le processus de l'oubli de noms propres.

 

Dans l'exemple sur lequel avait porté mon analyse en 1898, le nom que je m'efforçais en vain de me rappeler était celui du maître auquel la cathédrale d'Orvieto doit ses magnifiques fresques représentant le «Jugement Dernier». À la place du nom cherché, Signorelli, deux autres noms de peintres, Botticelli et Boltraffio, s'étaient imposés à mon souvenir, mais je les avais aussitôt et sans hésitation reconnus comme incorrects. Mais, lorsque le nom correct avait été prononcé devant moi par une autre personne, je l'avais reconnu sans une minute d'hésitation. L'examen des influences et des voies d'association ayant abouti à la reproduction des noms Botticelli et Boltraffio, à la place de Signorelli, m'a donné les résultats suivants:

 

a) La raison de l'oubli du nom Signorelli ne doit être cherchée ni dans une particularité quelconque de ce nom, ni dans un caractère psychologique de l'ensemble dans lequel il était inséré. Le nom oublié m'était aussi familier qu'un des noms de substitution, celui de Botticelli, et beaucoup plus familier que celui de Boltraffio dont le porteur ne m'était connu que par ce seul détail qu'il faisait partie de l'école milanaise. Quant aux conditions dans lesquelles s'était produit l'oubli, elles me paraissent inoffensives et incapables d'en fournir aucune explication: je faisais, en compagnie d'un étranger, un voyage en voiture de Raguse, en Dalmatie, à une station d'Herzégovine; au cours du voyage, la conversation tomba sur l'Italie et je demandai à mon compagnon s'il avait été à Orvieto et s'il avait visité les célèbres fresques de…

 

b) L'oubli du nom s'explique, lorsque je me rappelle le sujet qui a précédé immédiatement notre conversation sur l'Italie, et il apparaît alors comme l'effet d'une perturbation du sujet nouveau par le sujet précédent. Peu de temps avant que j'aie demandé à mon compagnon de voyage s'il avait été à Orvieto, nous nous entretenions des mœurs des Turcs habitant la Bosnie et l'Herzégovine. J'avais rapporté à mon interlocuteur ce que m'avait raconté un confrère exerçant parmi ces gens, à savoir qu'ils sont pleins de confiance dans le médecin et pleins de résignation devant le sort. Lorsqu'on est obligé de leur annoncer que l'état de tel ou tel malade de leurs proches est désespéré, ils répondent: «Seigneur (Herr), n'en parlons pas. Je sais que s'il était possible de sauver le malade, tu le sauverais.» Nous avons là deux noms: Bosnien (Bosnie) et Herzegowina (Herzégovine) et un mot: Herr (Seigneur), qui se laissent intercaler tous les trois dans une chaîne d'associations entre Signorelli – Botticelli et Boltraffio.

 

c) J'admets que si la suite d'idées se rapportant aux mœurs des Turcs de la Bosnie, etc., a pu troubler une idée venant immédiatement après, ce fut parce que je lui ai retiré mon attention, avant même qu'elle fût achevée. Je rappelle notamment que j'avais eu l'intention de raconter une autre anecdote qui reposait dans ma mémoire à côté de la première. Ces Turcs attachent une valeur exceptionnelle aux plaisirs sexuels et, lorsqu'ils sont atteints de troubles sexuels, ils sont pris d'un désespoir qui contraste singulièrement avec leur résignation devant la mort. Un des malades de mon confrère lui dit un jour: «Tu sais bien, Herr (Seigneur), que lorsque cela ne va plus, la vie n'a plus aucune valeur.» Je me suis toutefois abstenu de communiquer ce trait caractéristique, préférant ne pas aborder ce sujet scabreux dans une conversation avec un étranger. Je fis même davantage: j'ai distrait mon attention de la suite des idées qui auraient pu se rattacher dans mon esprit au sujet: «Mort et Sexualité.» J'étais alors sous l'impression d'un événement dont j'avais reçu la nouvelle quelques semaines auparavant durant un bref séjour à Trafoï: un malade, qui m'avait donné beaucoup de mal, s'était suicidé, parce qu'il souffrait d'un trouble sexuel incurable. Je sais parfaitement bien que ce triste événement et tous les détails qui s'y rattachent n'existaient pas chez moi à l'état de souvenir conscient pendant mon voyage en Herzégovine. Mais l'affinité entre Trafoï et Boltraffio m'oblige à admettre que, malgré la distraction intentionnelle de mon attention, je subissais l'influence de cette réminiscence.