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«La Marquise De Pompadour – Tome II – Le Rival Du Roi», Michel ZГ©vaco

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PremiГЁre publication, en feuilletons, 1899 ou 1902

1912 – Arthème Fayard, Le Livre populaire n°84

I SAINT-GERMAIN À L’ŒUVRE

À peu près vers l’heure où ces choses se passaient dans la maison des quinconces, c’est-à-dire vers quatre heures du matin, c’était le moment où, dans la mystérieuse maison de la ruelle aux Réservoirs, le comte du Barry songeait au meurtre du chevalier d’Assas.

 

Ainsi, tandis que la femme, dans cette étrange association, déployait toutes ses ruses et faisait des miracles pour conquérir les sens et peut-être le cœur du roi, l’homme s’apprêtait à tuer!…

 

Dans le dГ©but de cette soirГ©e, lorsque la nuit venait de tomber, un homme soigneusement enveloppГ© de son manteau entrait dans la ruelle aux RГ©servoirs.

 

Il marcha directement, sans hГ©sitation, vers la maison de M. Jacques.

 

Cet homme, c’était le comte de Saint-Germain qui, après la séance de magnétisme de Paris, était monté dans sa voiture.

 

Pendant tout le trajet de Paris Г  Versailles, il dormit, non pas tranquillement, mais profondГ©ment.

 

Le comte s’était donné à lui-même l’ordre de dormir, – et il dormait!

 

Ce serait peut-être le moment de placer ici la théorie du magnétisme: nous préférons simplement laisser à nos lecteurs le droit de croire ou de ne pas croire et de consulter sur ce sujet les stupéfiants travaux qui s’accomplissent de nos jours: une visite à un hôpital psychiatrique pourrait convaincre les plus incrédules.

 

Quant à nous, nous adoptons, sans plus, les récits qui nous sont parvenus sur cet homme extraordinaire qu’était le comte de Saint-Germain.

 

Et sans autre discussion, nous passons à l’exposé des faits.

 

Ils sont étranges, – ils sont probants…

 

Aux premiГЁres maisons de Versailles, le cocher avait rГ©veillГ© Saint-Germain, puis continuГ© Г  rouler.

 

Le comte avait arrêté sa voiture sur la place du château, ou plutôt sur l’esplanade qui est devenue ce qu’on appelle aujourd’hui la place.

 

Et il avait gagnГ© Г  pied la ruelle aux RГ©servoirs.

 

– Pourvu que j’arrive à temps! – songeait-il avec angoisse.

 

Mais cette angoisse ne se traduisait nullement au dehors: Saint-Germain conservait cette apparence de froideur qu’il s’était imposée et qu’il conservait même quand il était seul.

 

Il alla frapper Г  la porte de la maison de M. Jacques.

 

Comme toujours, un judas s’ouvrit d’abord, puis la porte. Un laquais parut.

 

– Que demandez-vous? fit assez rudement le domestique en cherchant à dévisager l’inconnu.

 

– Je voudrais parler à M. le chevalier d’Assas, dit simplement Saint-Germain.

 

– En ce cas, vous vous trompez, monsieur: la personne que vous dites ne demeure pas ici… voyez plus loin.

 

Le laquais repoussa la porte.

 

Brusquement, le comte de Saint-Germain tendit le bras vers cette porte, mais sans la toucher.

 

Le laquais s’arrêta net dans le mouvement qu’il faisait pour fermer.

 

Une sorte d’horreur convulsait le visage de cet homme.

 

Il était comme paralysé…

 

– Qu’avez-vous donc, mon ami? dit Saint-Germain.

 

– Je ne sais… je crois que… je meurs… j’étouffe… oh!…

 

– Allons, remettez-vous… et surtout ne criez pas… je puis, mieux que personne, vous guérir du mal foudroyant qui vient de s’emparer de vous…

 

– Vous?… ah!… à moi!… râla le malheureux.

 

– Je suis médecin, dit Saint-Germain, un grand médecin… Voulez-vous que je vous peigne les symptômes de votre mal? vous pourrez par là juger de ma science…

 

– J’étouffe… je… meurs… grâce!… à moi!…

 

– Voici: vous avez exactement l’impression d’un cercle de feu autour de votre tête…

 

– Oui, oui!… cela me brûle…

 

– Et, à la gorge, l’impression d’une main puissante qui vous étranglerait…

 

– Oui, oui, j’étouffe…

 

– Vous ne pouvez faire aucun mouvement…

 

– Oui, oui… je me pétrifie…

 

– Je connais votre mal, et j’en ai le remède sur moi…


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