Размер шрифта:     
Гарнитура:GeorgiaVerdanaArial
Цвет фона:      
Режим чтения: F11  |  Добавить закладку: Ctrl+D
Следующая страница: Ctrl+→  |  Предыдущая страница: Ctrl+←
Показать все книги автора/авторов: Barbusse Henri
 

«L’Enfer», Henri Barbusse

Иллюстрация к книге

1908

 

Г‰ditions G. Cres amp; cie 1925

I

L’hôtesse, Mme Lemercier, me laissa seul dans ma chambre, après m’avoir rappelé en quelques mots tous les avantages matériels et moraux de la pension de famille Lemercier.

 

Je m’arrêtai, debout, en face de la glace, au milieu de cette chambre où j’allais habiter quelque temps. Je regardai la chambre et me regardai moi-même.

 

La pièce était grise et renfermait une odeur de poussière. Je vis deux chaises dont l’une supportait ma valise, deux fauteuils aux maigres épaules et à l’étoffe grasse, une table avec un dessus de laine verte, un tapis oriental dont l’arabesque, répétée sans cesse, cherchait à attirer les regards. Mais à ce moment du soir, ce tapis avait la couleur de la terre.

 

Tout cela m’était inconnu; comme je connaissais tout cela, pourtant: ce lit de faux acajou, cette table de toilette, froide, cette disposition inévitable des meubles, et ce vide entre ces quatre murs…

 

*  *  *

 

La chambre est usée; il semble qu’on y soit déjà infiniment venu. Depuis la porte jusqu’à la fenêtre, le tapis laisse voir la corde: il a été piétiné, de jour en jour, par une foule. Les moulures sont, à hauteur des mains, déformées, creusées, tremblées, et le marbre de la cheminée s’est adouci aux angles. Au contact des hommes, les choses s’effacent, avec une lenteur désespérante.

 

Elles s’obscurcissent aussi. Peu à peu, le plafond s’est assombri comme un ciel d’orage. Sur les panneaux blanchâtres et le papier rose, les endroits les plus touchés sont devenus noirs: le battant de la porte, le tour de la serrure peinte du placard et, à droite de la fenêtre, le mur, à la place où l’on tire les cordons des rideaux. Toute une humanité est passée ici comme de la fumée. Il n’y a que la fenêtre qui soit blanche.

 

… Et moi? Moi, je suis un homme comme les autres, de même que ce soir est un soir comme les autres.

 

*  *  *

 

Depuis ce matin, je voyage; la hГўte, les formalitГ©s, les bagages, le train, les souffles des diverses villes.

 

Un fauteuil est là; j’y tombe; tout devient plus tranquille et plus doux.

 

Ma venue définitive de province à Paris marque une grande phase dans ma vie. J’ai trouvé une situation dans une banque. Mes jours vont changer. C’est à cause de ce changement que, ce soir, je m’arrache à mes pensées courantes et que je pense à moi.

 

J’ai trente ans; ils sonneront le premier jour du mois prochain. J’ai perdu mon père et ma mère il y a dix-huit ou vingt ans. L’événement est si lointain qu’il est insignifiant. Je ne me suis pas marié; je n’ai pas d’enfants et n’en aurai pas. Il y a des moments où cela me trouble: lorsque je réfléchis qu’avec moi finira une lignée qui dure depuis l’humanité.

 

Suis-je heureux? Oui; je n’ai ni deuil, ni regrets, ni désir compliqué; donc, je suis heureux. Je me souviens que, du temps où j’étais enfant, j’avais des illuminations de sentiments, des attendrissements mystiques, un amour maladif à m’enfermer en tête à tête avec mon passé. Je m’accordais à moi-même une importance exceptionnelle; j’en arrivais à penser que j’étais plus qu’un autre! Mais tout cela s’est peu à peu noyé dans le néant positif des jours.

 

*  *  *

 

Me voici maintenant.

 

Je me penche de mon fauteuil pour ГЄtre plus prГЁs de la glace, et je me regarde bien.

 

Plutôt petit, l’air réservé (quoique je sois exubérant à mes heures); la mise très correcte; il n’y a, dans mon personnage extérieur, rien à reprendre, rien à remarquer.

 

Je considère de près mes yeux qui sont verts, et qu’on dit généralement noirs, par une aberration inexplicable.

 

Je crois confusément à beaucoup de choses; par dessus tout, à l’existence de Dieu, sinon aux dogmes de la religion; celle-ci présente cependant des avantages pour les humbles et les femmes, qui ont un cerveau moindre que celui des hommes.

 


Еще несколько книг в жанре «Классическая проза»

Победитель, Александр Грин Читать →

Гранька и его сын, Александр Грин Читать →

Путь, Александр Грин Читать →