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«Le Compagnon Du Tour De France», George Sand

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CHAPITRE PREMIER

Le village de Villepreux était, au dire de M. Lerebours, le plus bel endroit du département de Loir-et-Cher, et l’homme le plus capable du dit village était, au sentiment secret de M. Lerebours, M. Lerebours lui-même, quand la noble famille de Villepreux, dont il était le représentant, n’occupait pas son majestueux et antique manoir de Villepreux. Dans l’absence des illustres personnages qui composaient cette famille, M. Lerebours était le seul dans tout le village qui sût écrire l’orthographe irréprochablement. Il avait un fils qui était aussi un homme capable. Il n’y avait qu’une voix là-dessus, ou plutôt il y en avait deux, celle du père et celle du fils, quoique les malins de l’endroit prétendissent qu’ils étaient trop honnêtes gens pour avoir entre eux deux volé le Saint-Esprit.

 

Il est peu de commis-voyageurs fréquentant les routes de la Sologne pour aller offrir leur marchandise de château en château, il est peu de marchands forains promenant leur bétail et leurs denrées de foire en foire, qui n’aient, à pied, à cheval ou en patache, rencontré, ne fût-ce qu’une fois en leur vie, M. Lerebours, économe, régisseur, intendant, homme de confiance des Villepreux. J’invoque le souvenir de ceux qui ont eu le bonheur de le connaître. N’est-il pas vrai que c’était un petit homme très sec, très jaune, très actif, au premier abord sombre et taciturne, mais qui devenait peu à peu communicatif jusqu’à l’excès? C’est qu’avec les gens étrangers au pays il était obsédé d’une seule pensée, qui était celle-ci: Voilà pourtant des gens qui ne savent pas qui je suis! – Puis venait cette seconde réflexion, non moins pénible que la première: il y a donc des gens capables d’ignorer qui je suis – Et quand ces gens-là ne lui paraissaient pas tout à fait indignes de l’apprécier, il ajoutait pour se résumer: Il faut pourtant que ces braves gens apprennent de moi qui je suis.

 

Quand il avait fait son premier effet, comme il ne demandait pas mieux que d’être modeste, et que l’aveu d’une haute position coûte toujours un peu, il hésitait quelques instants, puis il hasardait le nom de Villepreux; et si l’auditeur était pénétré d’avance de l’importance de ce nom, M. Lerebours disait en baissant les yeux: C’est moi qui fais les affaires de la famille. – Si cet auditeur était assez ennemi de lui-même pour demander ce que c’était que la famille, oh! alors, malheur à lui! car M. Lerebours se chargeait de le lui apprendre; et c’étaient d’interminables généalogies, des énumérations d’alliances et de mésalliances, une liste de cousins et d’arrière-cousins; et puis la statistique des propriétés, et puis l’exposé des améliorations par lui opérées, etc., etc. Quand une diligence avait le bonheur de posséder M. Lerebours, il n’était cahots ni chutes qui pussent troubler le sommeil délicieux où il plongeait les voyageurs. Il les entretenait de la famille de Villepreux depuis le premier relais jusqu’au dernier. Il eût fait le tour du monde en parlant de la famille.

 

Quand M. Lerebours allait à Paris, il y passait son temps fort désagréablement; car, dans cette fourmilière d’écervelés, personne ne paraissait se soucier de la famille de Villepreux. Il ne concevait pas qu’on ne le saluât point dans les rues, et qu’à la sortie des spectacles la foule risquât d’étouffer, sans plus de façon, un homme aussi nécessaire que lui à la prospérité des Villepreux.

 

De données morales sur la famille, de distinctions entre ses membres, d’aperçus des divers caractères, il ne fallait pas lui en demander. Soit discrétion, soit inaptitude à ce genre d’observations, il ne pouvait rien dire de ces illustres personnages, sinon que celui-ci était plus ou moins économe, ou entendu aux affaires que celui-là. Mais la qualité et l’importance de l’homme ne se mesuraient, pour lui, qu’à la somme des écus dont il devait hériter; et quand on lui demandait si mademoiselle de Villepreux était aimable et jolie, il répondait par la supputation des valeurs qu’elle apporterait en dot. Il ne comprenait pas qu’on fût curieux d’en savoir davantage.

 

Un matin, M. Lerebours se leva encore plus tôt que de coutume, ce qui n’était guère possible, à moins de se lever, comme on dit, la veille; et descendant la rue principale et unique du village, dite rue Royale, il tourna à droite, prit une ruelle assez propre, et s’arrêta devant une maisonnette de modeste apparence.

 

Le soleil commençait à peine à dorer les toits, les coqs mal éveillés chantaient en fausset, et les enfants, en chemise sur le pas des portes, achevaient de s’habiller dans la rue. Déjà cependant le bruit plaintif du rabot et l’âpre gémissement de la scie résonnaient dans l’atelier du père Huguenin; les apprentis étaient tous à leur poste, et déjà le maître les gourmandait avec une rudesse paternelle.

 

– Déjà en course, monsieur le régisseur? dit le vieux menuisier en soulevant son bonnet de coton bleu.

 

M. Lerebours lui fit un signe mystérieux et imposant. Le menuisier s’étant approché:

 

– Passons dans votre jardin, lui dit l’économe, j’ai à vous parler d’affaires sérieuses. Ici, j’ai la tête brisée; vos apprentis ont l’air de le faire exprès, ils tapent comme des sourds.

 

Ils traversèrent l’arrière-boutique, puis une petite cour, et pénétrèrent dans un carré d’arbres à fruit dont la greffe n’avait pas corrigé la saveur, et dont le ciseau n’avait pas altéré les formes vigoureuses; le thym et la sauge, mêlés à quelques pieds d’œillet et de giroflée, parfumaient l’air matinal; une haie bien touffue mettait les promeneurs à l’abri du voisinage curieux.


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