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«La Petite Fadette», George Sand

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PRÉFACES

I

Nohant, septembre 1848.

 

Et, tout en parlant de la RГ©publique que nous rГЄvons et de celle que nous subissons, nous Г©tions arrivГ©s Г  l'endroit du chemin ombragГ© oГ№ le serpolet invite au repos.

 

– Te souviens-tu, me dit-il, que nous passions ici, il y a un an, et que nous nous y sommes arrêtés tout un soir? Car c'est ici que tu me racontas l'histoire du Champi et que je te conseillai de l'écrire dans le style familier dont tu t'étais servi avec moi.

 

– Et que j'imitais de la manière de notre Chanvreur. Je m'en souviens, et il me semble que, depuis ce jour-là, nous avons vécu dix ans.

 

– Et pourtant la nature n'a pas changé, reprit mon ami: la nuit est toujours pure, les étoiles brillent toujours, le thym sauvage sent toujours bon.

 

– Mais les hommes ont empiré, et nous comme les autres. Les bons sont devenus faibles, les faibles poltrons, les poltrons lâches, les généreux téméraires, les sceptiques pervers, les égoïstes féroces.

 

– Et nous, dit-il, qu'étions-nous, et que sommes-nous devenus?

 

– Nous étions tristes, nous sommes devenus malheureux, lui répondis-je.

 

Il me blГўma de mon dГ©couragement et voulut me prouver que les rГ©volutions ne sont point des lits de roses. Je le savais bien et ne m'en souciais guГЁre, quant Г  moi; mais il voulut aussi me prouver que l'Г©cole du malheur Г©tait bonne et dГ©veloppait des forces que le calme finit par engourdir. Je n'Г©tais point de son avis dans ce moment-lГ ; je ne pouvais pas si aisГ©ment prendre mon parti sur les mauvais instincts, les mauvaises passions et les mauvaises actions que les rГ©volutions font remonter Г  la surface.

 

– Un peu de gêne et de surcroît de travail peut être fort salutaire aux gens de notre condition, lui disais-je; mais un surcroît de misère, c'est la mort du pauvre. Et puis, mettons de côté la souffrance matérielle: il y a dans l'humanité, à l'heure qu'il est, une souffrance morale qui ne peut rien amener de bon. Le méchant souffre, et la souffrance du méchant, c'est la rage; le juste souffre, et la souffrance du juste, c'est le martyre auquel peu d'hommes survivent.

 

– Tu perds donc la foi? me demanda mon ami scandalisé.

 

– C'est le moment de ma vie, au contraire, lui dis-je, où j'ai eu le plus de foi à l'avenir des idées, à la bonté de Dieu, aux destinées de la révolution. Mais la foi compte par siècles, et l'idée embrasse le temps et l'espace, sans tenir compte des jours et des heures; et nous, pauvres humains, nous comptons les instants de notre rapide passage, et nous en savourons la joie ou l'amertume sans pouvoir nous défendre de vivre par le cœur et par la pensée avec nos contemporains. Quand ils s'égarent, nous sommes troublés; quand ils se perdent, nous désespérons; quand ils souffrent, nous ne pouvons être tranquilles et heureux. La nuit est belle, dis-tu, et les étoiles brillent, sans doute, et cette sérénité des cieux et de la terre est l'image de l'impérissable vérité dont les hommes ne peuvent tarir ni troubler la source divine. Mais, tandis que nous contemplons l'éther et les astres, tandis que nous respirons le parfum des plantes sauvages et que la nature chante autour de nous son éternelle idylle, on étouffe, on languit, on pleure, on râle, on expire dans les mansardes et dans les cachots. Jamais la race humaine n'a fait entendre une plainte plus sourde, plus rauque et plus menaçante. Tout cela passera et l'avenir est à nous, je le sais; mais le présent nous décime. Dieu règne toujours; mais, à cette heure, il ne gouverne pas.

 

– Fais un effort pour sortir de cet abattement, me dit mon ami, songe à ton art et tâche de retrouver quelque charme pour toi-même dans les loisirs qu'il t'impose.

 

– L'art est comme la nature, lui dis-je: il est toujours beau. Il est comme Dieu, qui est toujours bon; mais il est des temps où il se contente d'exister à l'état d'abstraction, sauf à se manifester plus tard quand ses adeptes en seront dignes, son souffle ranimera alors les lyres longtemps muettes; mais pourra-t-il faire vibrer celles qui se seront brisées dans la tempête? L'art est aujourd'hui en travail de décomposition pour une éclosion nouvelle. Il est comme toutes les choses humaines, en temps de révolution, comme les plantes qui meurent en hiver pour renaître au printemps. Mais le mauvais temps fait périr beaucoup de germes. Qu'importent dans la nature quelques fleurs ou quelques fruits de moins? Qu'importent dans l'humanité quelques voix éteintes, quelques cœurs glacés par la douleur ou par la mort? Non, l'art ne saurait me consoler de ce que souffrent aujourd'hui sur la terre la justice et la vérité.

 

L'art vivra bien sans nous, superbe et immortel comme la poГ©sie, comme la nature, il sourira toujours sur nos ruines.

 

Nous qui traversons ces jours nГ©fastes, avant d'ГЄtre artistes, tГўchons d'ГЄtre hommes; nous avons bien autre chose Г  dГ©plorer que le silence des muses.

 

– Écoute le chant du labourage, me dit mon ami; celui-là, du moins, n'insulte à aucune douleur, et il y a peut-être plus de mille ans que le bon vin de nos campagnes sème et consacre, comme les sorcières de Faust, sous l'influence de cette cantilène simple et solennelle.

 

J'Г©coutai le rГ©citatif du laboureur, entrecoupГ© de longs silences, j'admirai la variГ©tГ© infinie que le grave caprice de son improvisation imposait au vieux thГЁme sacramentel.

 

C'Г©tait comme une rГЄverie de la nature elle-mГЄme, ou comme une mystГ©rieuse formule par laquelle la terre proclamait chaque phase de l'union de sa force avec le travail de l'homme.


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